Les indécises

Choisir, c’est renoncer…

Ces mots d’André Gide sont aussi beaux que terribles.

Plus indécise que moi tu meurs. Ou pas. J’hésite.

Plus j’ai le choix plus je me sens prise au piège, coincée dans des solutions que je refuse d’envisager. Non je ne veux pas savoir si cette robe existe en plusieurs coloris, non je ne veux pas voir qu’il y a mousse au chocolat et tarte citron yuzu à la carte, non je ne veux pas savoir que j’ai la possibilité de partir par le TGV de 18H27 ou celui de 19H27 !

Arrêtez de me donner toutes ces informations : JE. NE. SAIS. PAS. CHOISIR !

Dans chaque idée du choix il y a celle, sous jacente, du renoncement et ce renoncement déclenche irrémédiablement chez moi un déchirement et un conflit intérieur absolus.

J’ai beau tenter de rationnaliser, d’analyser la situation et les possibilités, c’est plus fort que moi, devoir choisir me fait tomber dans une détresse et une panique qui me font parfois renoncer à tout. C’est vrai ça, si je n’arrive pas à choisir, c’est un signe, non ? C’est tout simplement parce que je ne dois pas choisir, qu’aucun des objets de mon désir n’est fait pour moi ? Non ? Dites ? Aidez-moi !

Et pourtant… Peut-on parler de choix s’il n’y a rien à renoncer…
Même là je n’arrive pas à me décider ! En fait j’aimerais vivre dans un QCM. Ce serait tellement plus simple…
Je me pensais unique en mon genre (modeste avec ça !), hantée par la malédiction du choix, une sorte de phénomène de foire.

Et puis je me suis vue dans un miroir :
J’ai rencontré une autre blonde aussi indécise. J’ai compris que « Le choix de Sophie » n’était pas qu’un magnifique roman… La première fois que nous sommes allées diner au restaurant, le serveur a du revenir 7 fois pour prendre notre commande. J’ai cru qu’il allait faire intervenir la sécurité. Ce jour là, je crois que nous avons su qu’il n’y avait pas de hasard et que nous devions emprunter un chemin commun. Suzane Green était née. Enfin après 26 482 messages échangés pour choisir un nom !

Chez Suzane Green donc, nous sommes deux indécises. Deux vraies. Je vous laisse imaginer le temps que nous passons pour choisir une photo à poster sur Instagram. Et lorsque nous y arrivons enfin, nous tombons toujours sur celle que nous n’avions pas sélectionnée au départ mais qui est tellement belle et non tu crois qu’elle est mieux que l’autre, oui mais l’autre elle est belle quand même, oui tu as raison, je ne sais plus, moi non plus, tu n’as qu’à choisir, non toi, bon je raccroche… L’horreur.

Nous avons alors imaginé pour vous chers amis de Suzane Green, une interview croisée de deux indécises qui se soignent (ou pas) :

Quelle est la peur dans la notion du choix ?

Emmanuelle : Hormis le renoncement dont je viens de parler, je crois que ma plus grande peur est de regretter. Regretter justement l’autre, celui que je n’ai pas choisi, et bien sûr c’est souvent ce qui arrive !

Sophie : la mienne est double : non seulement la peur de regretter, de n’être pas là où je devrais être mais en plus la peur de décevoir les personnes concernées par ce choix.

Un exemple concret ?

Emmanuelle : Le cas typique et classique c’est au restaurant. Je mets 30 minutes à choisir un plat, je le commande et lorsque je ne peux plus changer, je me mets à regretter l’autre que je vois passer aux tables voisines avec mes yeux de Chat Potté !

Sophie : difficile de choisir un exemple tellement ils sont nombreux et quotidiens ! Mais puisqu’il faut choisir… Je fais du sport quotidiennement et comme fait exprès les cours que j’apprécie le plus tombent en même temps (une conspiration!). Il m’arrive de m’inscrire à deux cours qui tombent en même temps et moins de 5 minutes avant le début de ne pas savoir lequel faire. Cela a donné lieu à des situations ubuesques où j’arrive en tenue de fitness avec le maillot en dessous, des palmes à la main, les gants de boxe sous le bras et le tapis de yoga sur le dos…

Un souvenir précis ?

Emmanuelle : Venise. Place Saint Marc. Premier séjour en amoureux. Août. Grosse chaleur. Nous faisons la queue devant une splendide boutique de glaces aux 1001 parfums envoutants. Il y a au moins 10 personnes devant moi, ce qui me laisse largement le temps de choisir.

Je fantasme sur les différentes sortes de chocolat, 7 personnes devant moi,
je m’imagine dégustant une crème glacée vanille, 4 personnes,
je me demande le gout de la spéciale Tiramisu, je fais passer mon amoureux avant,
oh il y a lait d’amande, j’adore lait d’amande….
« Signorina per favore ? » Je panique, j’ai la tête qui tourne, je ne sais plus :
« Euh….Pastèque s’il vous plait… »
Ma vie. Mon œuvre !

Sophie : Paris. Fin juillet. En visite au showroom de ma marque de sacs fétiche MARLI.
Je flash de suite sur le sac que j’avais repéré. Il est trop beau. Pour une fois, je suis très surprise de n’avoir pas l’ombre d’un doute. Je souris intérieurement, serais-je guérie de mon indécision maladive ? Les minutes passent et non, toujours aucune hésitation. Je jubile… Emmanuelle qui m’accompagnait me dit : « Qu’elle chance tu as de choisir aussi vite ». Mais soudain, la vendeuse sort de la réserve et s’exclame, persuadée de m’être agréable : « je l’ai en petit modèle si vous préférez… ». J’ai compris en moins de 5 secondes que rien n’était résolu et que ma galère ne faisait que commencer !
Je passe les 2 heures suivantes à hésiter entre le petit et grand modèle. Entre transpiration, sueurs froides et agacement, impossible de me décider.
Quand soudain… la sonnerie retentit. Cinq belles jeunes filles rentrent dans le showroom et je m’apprête à commettre une terrible erreur ; leur demander leur avis. De manière unanime, elles me disent à l’unisson : « Le petit, le petit comme vous êtes petite ! ».
Elles s’en vont. J’hésite encore un peu (histoire de) et j’achète le petit. Arrivée chez moi, sac à l’épaule,  je me regarde dans la glace, mon visage se durcit et je me dis… Je voulais le grand !
Grâce à la gentillesse de l’équipe MARLI, j’ai peu changer de taille et enfin partager avec mon sac Léo de grands moments de complicité. Ouf !

Les conséquences de cette indécision ?

Emmanuelle : une grande perte de temps tout d’abord… Bien sûr pendant le temps de la réflexion, mais cela va souvent plus loin… J’hésite tellement que je ne sais plus, que je n’arrive pas à choisir, du coup je m’en vais du magasin. Une fois arrivée chez moi je regrette. Parce que bien sûr, une fois arrivée chez moi, j’ai choisi finalement. J’y retourne donc le lendemain parce que je n’ai pensé qu’à ça toute la nuit et l’article tant convoité n’est plus là, enfin si, mais plus dans ma taille…

Sophie : également une perte de temps indéniable, la hantise que l’on me prenne pour une folle et un stress phénoménal.

L’astuce pour y remédier ?

Emmanuelle :
J’ai depuis peu mis une stratégie en place que je trouve infaillible. Je te la conseille vraiment.
Je me pose la question autrement.
Au lieu de me demander ce que je préfère, je me demande ce que je risque de regretter le plus et j’avoue que cela m’aide considérablement dans mes choix !

Sophie :
je sèche… car honnêtement je n’ai trouvé aucune astuce en 46 ans, si ce n’est de multiplier les activités pour avoir l’impression de ne pas passer à côté d’un choix cornélien.

Ce qui me rassure tout de même sur ma santé mentale, c’est que pour les vraies décisions, celles qui peuvent changer ma vie, je n’hésite pas une seconde, au contraire, je fonce. Ah oui j’oubliais, je suis Taureau ascendant Balance, c’est grave docteur ?

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